02/07 – Deux personnalités contrastées
Nous descendons de Santa Teresa par des rues pavées tortueuses et arrivons dans le centre de Rio de Janeiro à 10h30 par un 33° hivernal.
La ville est à l’image que l’on peut se faire du pays : une forêt de tours immenses et un éparpillement de marchands ambulants sur les trottoirs. Taxis, bus, voitures créent un tohu-bohu qui contraste avec la tranquillité de Santa Teresa à laquelle nous nous sommes habitués.
Rendez-vous avec Ricardo Henriques, économiste et consultant du gouvernement fédéral auprès de la BNDES, banque nationale de développement.
L’homme d’une belle prestance est délicieusement affable, et sa maîtrise du français accentue son amabilité. Son bureau, au 19ème étage, offre une vue plongeante sur la ville : au loin le port, les tours et, rescapée de la modernité, une petite église.
Nous nous présentons rapidement : Carl, Monique, Slimane, Marie, Xavière. Franck qui nous accompagnait s’est éclipsé au pied des tours, léger comme un enfant qui fait l’école buissonnière et trop heureux d’être loin, pour la journée, de la Maré qui l’oppresse.
Ensuite, R. Henriques entre dans le vif du sujet. La BNDES, fondée il y a 57 ans, cherche à intégrer des thématiques sociales dans sa stratégie de développement tout en préservant la vocation première de toute banque, le profit. Il donne deux chiffres qui donnent le tournis. Le premier, le revenu de la Banque, qui s’élève à 35 mille milliards d’euros par an, plus, nous dit-il, que celui de la Banque Mondiale. On peut, alors, légitimement, s’interroger sur l’existence et la pérennité des 600 favelas ceinturant Rio de Janeiro ou les 20 mlions de gens habitant les favelas au Brésil. R Henriques regrette le manque de coordination entre les trois structures gouvernementales : l’Etat fédéral, le gouvernement de Rio et les municipalités.
Croquis à l’appui, il explique, citant un exemple, le gouffre qui sépare les riches des pauvres. Une étude conduite dans deux quartiers de Rio séparés par une rue indique qu’il faudrait 93 ans pour que le quartier pauvre atteigne le niveau d’éducation du quartier riche !
Puis, il aborde « la question raciale ». Il indique que, sur les 170 millions d’habitants, il ne reste que 700 000 Indiens, situés hors des villes. Si le Brésil ne connaît pas de crise identitaire, il n’en reste pas moins que l’appartenance à une catégorie se pose. C’est ainsi que cinq critères ont été retenus pour définir le phénotype des habitants : Blanc, Black, Prado (référence à une teinte de peau), Indien et Jaune (asiatiques qui ne représentent que 1,02%). C’est par rapport à ce classement que les gens s’auto-déclarent auprès de l’administration (santé, éducation, bourses familiales, etc…). Ce recadrage avait été rendu nécessaire par l’avalanche de nuances de couleur de peau. On avait atteint le chiffre de 194.
André Urani, chercheur, professeur et consultant
Après une brève incursion dans une exposition de photos de Joao Robert Ripper sur la misère de travailleurs (indiens, mineurs, paysans) dans les Etats du Nordeste, nous rejoignons notre deuxième rendez-vous à l’IPES (Institut d’Etudes sur le Travail et la Société) pour discuter avec André Urani, chercheur, professeur et consultant.
Le personnage est haut en couleur, imposant de stature, coincé dans un minuscule bureau qui empeste le cigare. Brésilien d’origine italienne, ayant été membre du Parti des Travailleurs, le parti de Lula, et du premier gouvernement de ce dernier, il aurait pu rester en France où il a étudié mais, dit-il, il est revenu pour « ça ». Et ça, c’est la baie de Rio dont nous avons une vue époustouflante de son bureau. Elle est aussi un cloaque car s’y déversent les égouts, les pollutions chimiques et son exemple pour caractériser le développement du Brésil et l’immobilisme des élites. Pour lui, la solution passe par l’introduction du secteur privé dans la gestion de Rio si on veut s’épargner l’explosion sociale des favelas abandonnées à leur sort, toute l’industrie ayant quitté Rio.
Il a des mots très durs pour le gouvernement actuel et considère qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des risques et de relever les défis que posent la précarité, la misère et le sous-développement de son pays.
Xavière
En cours ...
Merci, Xavière.
Xavière, j’ai disparu ? Mais ce n’est pas bien grave car l’après-midi c’était vrai. Hormis cet oubli, chapeau pour la précision de tes deux « rapports ».
Amicalement. Alain